Mais pourquoi les interactions et relations de la « vraie vie », aussi riches et importantes soient-elles, sont-elles si facilement délaissées ? À plusieurs reprises dans le livre, il est question de la notion d’engagement : rencontrer l’autre, c’est en effet prendre le risque d’être déçu, frustré, vulnérable ; c’est aussi s’engager à le respecter et l’écouter. Mais aujourd’hui le contrôle du message et des émotions prend le dessus sur le dialogue, au détriment de la spontanéité et du débat. Les jeunes refusent de converser par téléphone et préfèrent envoyer des SMS, qui peuvent être vérifiés, modifiés ou corrigés à l’infini. Sur les réseaux sociaux, véritables agoras des temps modernes, chacun se trouve enfermé dans des « bulles de filtres » qui le confortent dans ses propres opinions, anéantissant d’un même geste le débat démocratique et l’ouverture à l’autre. À terme, l’interlocuteur « à distance » finit par s’effacer : il ne reste plus que le besoin frénétique de communiquer, de réagir pour exister. Quel meilleur terrain alors à la profusion de Chatbots et autres IA conversationnelles ? Le robot apparaît comme un compagnon toujours disponible et prévisible. L’investissement affectif se fait désormais en direction de la machine, qui devient un « miroir complaisant », une « simulation sans danger d’autrui » (p.84).