La pièce, aussi sensible que troublante, nous plonge dans un univers clinique où Boris et Betty, atteints précocement de la maladie d’Alzheimer, tentent de recomposer les fragments de leur identité.
Chaque personnage est porté avec une grande justesse d’interprétation, sans jamais tomber dans la caricature. La médecin, délicieusement insupportable dans sa froideur presque publicitaire, incarne à elle seule la violence douce d’un univers clinique acerbe. Mais c’est sans doute la performance de la comédienne incarnant Bina48 qui impressionne le plus : véritable prouesse physique et vocale, elle insuffle à son robot une étrangeté vivante, faite de rigidité mécanique et d’irrégularités joyeuses. Le personnage de Betty est fasciné par Bina48 tandis que Boris est méfiant face à l’intrusion de cette nouvelle présence technologique. De cette opposition naît une réflexion profondément humaine sur le soin, l’intimité et l’identité.
L’écriture, fine et nuancée, évite soigneusement tout manichéisme. Elle questionne les dérives possibles d’un monde médical où la mémoire pourrait être assistée, et même reconstruite, par la machine. La langue vacillante des personnages entre en résonance avec celle, encore balbutiante, des robots conversationnels.
La mise en scène, d’une grande précision, regorge de trouvailles, tandis que la musique jouée en direct vient enrichir un ensemble déjà très bien rythmé. Entre comédie et fausse science-fiction, la pièce séduit par son humour, son intelligence et sa délicatesse.
Distribution
- Texte et mise en scène : Samuel Petit
- Avec Rosalie Comby, Marie Levy, Thomas Mallen, Morgane Vallée et Simon Avérous
- Costumes et collaboration artistique : Marie Levy
- Scénographie : Mathilde Cordier
- Lumières : Paul Argis
- Musique live et composition : Simon Avérous
- Crédit photos © Vincent Levy
- Crédit visuels © Karen Kasmauski
Une pièce jouée au théâtre de la Reine blanche à Paris. Plus d'informations (lien externe).