C'est à Los Angeles qu'une nouvelle page de l'histoire de la protection de l'enfance face aux grandes plateformes du numérique est sur le point de s'écrire.
Dans l'enceinte d'un tribunal civil de la ville se tient en ce moment le procès intenté par des familles américaines à Facebook, Instagram, Youtube, Snapchat et Tiktok. Ces entreprises sont accusées d'avoir délibérément bâti des applications addictives au détriment de la santé des utilisateurs, en particulier des plus jeunes.
Les patrons de Facebook, Instagram et Youtube - cette dernière étant propriété de Google - ont comparu pour répondre aux accusations de la famille de Kaley G.M., une jeune fille aujourd'hui âgée de 20 ans, ex-utilisatrice de ces réseaux depuis ses 6 ans[1]. Souffrant d'une addiction à ces plateformes au point d'y passer l'essentiel de son temps, Kaley a également été victime de sextorsion et de harcèlement en ligne, alors même que ses parents avaient alerté les plateformes et activé le contrôle parental.
Le temps de ce procès, Kaley est le visage de la souffrance vécue par une génération entière d'enfants, d'adolescents et de parents. Un procès historique, car de son verdict imminent dépend le sort de nombreuses autres actions entamées par des familles pour faire reconnaître la responsabilité juridique des plateformes.
Sans présumer du jugement qui sera rendu, nous savons depuis des années que ces entreprises ont toujours privilégié leurs profits à la santé de leurs utilisateurs. Nous le savons grâce au travail des lanceurs d'alerte et aux dommages que nous constatons sur le terrain. La responsabilité de ces entreprises ne fait plus de doute. Sa reconnaissance juridique, aux Etats-Unis et ailleurs, n'est qu'une affaire de temps.
[1] Snapchat et Tiktok ont signé un accord transactionnel pour éviter le procès.