Cette démarche fait écho au rapport d'Amnesty International que nous avions relayé, et qui, après une enquête aux Philippines et au Kenya, avait répliqué l'expérience en France en créant des faux comptes se faisant passer pour des adolescents. Le constat, similaire et sans appel, faisait état d'une surexposition rapide — moins d'une heure suffit ! — aux contenus liés à la santé mentale et aux messages explicites encourageant le suicide.
Exemplifiant cette démonstration, le film relate ensuite la longue descente aux enfers de Sasha. Cette adolescente, surexposée aux contenus sur la santé mentale et à des vidéos de plus en plus négatives via son fil TikTok, sera entraînée dans un long parcours psychiatrique après une tentative de suicide. Son parcours du combattant la conduit à témoigner, ainsi que sa mère, Gaëlle, au sein du collectif Algos Victima, dont Lève les Yeux est partenaire depuis sa création, et qui s'est donné pour mission de faire reconnaitre la responsabilité légale de la plateforme et d'obtenir réparation des préjudices causés aux utilisateurs mineurs.
Dans une seconde partie, le documentaire s'intéresse aux institutions qui tentent d'endiguer cette crise. En première ligne, les services psychiatriques hospitaliers pour adolescents qui ne désemplissent pas et tentent de reconnecter des jeunes en souffrance au réel. Dans un groupe thérapeutique, une jeune patiente met en lumière l'effet de groupe à l'œuvre sur les plateformes et leur influence néfaste sur la santé mentale : "les autres vont mal, donc moi j'ai le droit de continuer à aller mal".
Sont évoquées finalement les initiatives qui commencent à se structurer dans les sphères politiques. En 2025, la commission d'enquête présidée par le député Arthur Delaporte a rendu un rapport sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs. Comme l'indique l'élu, la plateforme qu'il préconise d'interdire relève d'un "sujet mondial" qu'il nomme comme "l'industrie du tabac de demain". Le collectif Algos Victima a ainsi également été auditionné dans le cadre de cette commission, et a assigné TikTok en justice, accusant la plateforme de mettre les enfants en danger et d'en avoir poussé certains au suicide.
Grâce à ce film et comme le dit Gaelle la mère de Sasha, on comprend que TikTok est comme une version maléfique du terrier d'Alice au Pays des Merveilles, entraînant les plus vulnérables vers de sombres régions et profitant de leurs failles pour les retenir.
Un documentaire important et à diffuser le plus largement possible, justement récompensé du label "film d'utilité publique".