Influence mortelle : la face cachée de TikTok Elisa Helain et Louise Martins Gonçalves

La santé mentale est un business florissant pour les influenceurs sur TikTok, avec des conséquences dramatiques pour les enfants, et cela ne doit rien au hasard. 

Elisa Helain et Louise Martins Gonçalves, Influence mortelle : la face cachée de TikTok, documentaire de 52 mn, mars 2026, disponible ici (lien externe)sur la plateforme France TV. 

Dans ce film, Elisa Helain part du constat inquiétant, au détour de ses propres pérégrinations sur TikTok, d’un étalage de mal-être chez les adolescents sur la plateforme aux 27 millions d’utilisateurs en France (son plus gros marché en Europe). 

Conçu comme une enquête, le documentaire qu'elle co-réalise avec Louise Martins Gonçalves nous fait découvrir la responsabilité de la plateforme et des influenceurs “santé mentale” dans l’épidémie de souffrance psychique dont souffrent les adolescents. 

Nous plongeons avec elle dans les dérives de la plateforme, entre relations parasociales, algorithmes nocifs et adolescents en détresse. Le film se clôt sur la réponse des acteurs publics qui peinent à faire face à l’ampleur de la crise. 

Tout commence avec le phénomène des influenceurs en santé mentale, notamment avec la créatrice de contenu Ophenya, suivie par 5 millions de personnes, experte autoproclamée en santé mentale et qui suscite des émules chez un public extrêmement jeune. Le collectif M.E.E.R, inquiet de cet engouement hors norme, révèle, à la suite d’un long travail d’enquête, des conseils inadaptés et des relations inappropriées avec des fans souvent en détresse psychique, le tout au détriment d’un véritable suivi psychologique. L’entretien avec une jeune fan qui collectionne consciencieusement tous les produits dérivés commercialisés par l’influenceuse met en lumière l’ambiguïté de ces influenceurs qui, derrière des abords de bienveillance, cherchent à tirer profit de leur communauté fragile.

Ophenya fera finalement l’objet d’un signalement par la Miviludes (l’organisme chargé de lutter contre les sectes), d’une enquête et d’une fermeture de son compte TikTok (ses comptes sur les autres plateformes restant ouverts...). Reste que beaucoup d’autres influenceurs continuent à profiter du filon de la santé mentale. 

 La journaliste décide ensuite de créer un faux compte d'adolescente pour "infiltrer" l'algorithme de TikTok et montrer comment il entretient le mal-être des plus jeunes. Au bout de quelques minutes seulement, les contenus se font tristes et finissent par lui proposer des vidéos sur le suicide et des tutoriels sur les nœuds coulants ou sur des méthodes d'auto-mutilation. Au bout de vingt minutes, son feed est exclusivement négatif. 

Cette démarche fait écho au rapport d'Amnesty International que nous avions relayé, et qui, après une enquête aux Philippines et au Kenya, avait répliqué l'expérience en France en créant des faux comptes se faisant passer pour des adolescents. Le constat, similaire et sans appel, faisait état d'une surexposition rapide — moins d'une heure suffit  ! — aux contenus liés à la santé mentale et aux messages explicites encourageant le suicide. 

Exemplifiant cette démonstration, le film relate ensuite la longue descente aux enfers de Sasha. Cette adolescente, surexposée aux contenus sur la santé mentale et à des vidéos de plus en plus négatives via son fil TikTok, sera entraînée dans un long parcours psychiatrique après une tentative de suicide. Son parcours du combattant la conduit à témoigner, ainsi que sa mère, Gaëlle, au sein du collectif Algos Victima, dont Lève les Yeux est partenaire depuis sa création, et qui s'est donné pour mission de faire reconnaitre la responsabilité légale de la plateforme et d'obtenir réparation des préjudices causés aux utilisateurs mineurs. 

Dans une seconde partie, le documentaire s'intéresse aux institutions qui tentent d'endiguer cette crise. En première ligne, les services psychiatriques hospitaliers pour adolescents qui ne désemplissent pas et tentent de reconnecter des jeunes en souffrance au réel. Dans un groupe thérapeutique, une jeune patiente met en lumière l'effet de groupe à l'œuvre sur les plateformes et leur influence néfaste sur la santé mentale : "les autres vont mal, donc moi j'ai le droit de continuer à aller mal".

Sont évoquées finalement les initiatives qui commencent à se structurer dans les sphères politiques. En 2025, la commission d'enquête présidée par le député Arthur Delaporte a rendu un rapport sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs. Comme l'indique l'élu, la plateforme qu'il préconise d'interdire relève d'un "sujet mondial" qu'il nomme comme "l'industrie du tabac de demain". Le collectif Algos Victima a ainsi également été auditionné dans le cadre de cette commission, et a assigné TikTok en justice, accusant la plateforme de mettre les enfants en danger et d'en avoir poussé certains au suicide. 

Grâce à ce film et comme le dit Gaelle la mère de Sasha, on comprend que TikTok est comme une version maléfique du terrier d'Alice au Pays des Merveilles, entraînant les plus vulnérables vers de sombres régions et profitant de leurs failles pour les retenir.

Un documentaire important et à diffuser le plus largement possible, justement récompensé du label "film d'utilité publique".